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Par Mélanie Demers, inf. B.Sc.

Les moustiques et autres insectes sont réputés pour transmettre des maladies plus ou moins graves, dont 2 d’entre elles sont plus fréquentes au Canada : la maladie de Lyme et le virus du Nil occidental. Cependant, les produits insectifuges sont-ils efficaces? Et leurs effets sur la santé sont-ils pire que les maladies elles-mêmes?

Qu’est-ce que la maladie de Lyme?

Il s’agit d’une infection causée par une bactérie qui peut se transmettre par la morsure de tiques. Généralement, la plupart des personnes ignorent qu’elles ont été mordues, car la morsure est sans douleur.

Tique à pattes noires

Au Canada, des populations de tiques sont bien établies dans le sud-est du Québec, le sud et l’est de l’Ontario, dans le sud-est du Manitoba et dans certaines régions du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. Ainsi, plus il y a de tiques dans un endroit, plus il y a de risques qu’elles soient infectées et qu’elles transmettent la maladie aux personnes ou aux animaux. La plupart des cas d’infection chez les humains se produisent entre la fin avril et la mi-juillet.

Principaux endroits au Canada où on retrouve des populations de tiques entre 1990 et 2003.

Quels sont les symptômes?

Les symptômes se développent habituellement en 3 étapes. Le premier signe d’infection correspond généralement à une éruption cutanée (rougeur) de forme circulaire à l’endroit mordu. Elle se retrouve chez environ 70 à 80% des personnes atteintes. Elle se développe entre 3 jours et 1 mois après la morsure et peut durer jusqu’à 8 semaines. Fait à noter : la rougeur n’est pas accompagnée de démangeaisons, de douleur ou d’enflure. Cependant, de la fatigue, des frissons, de la fièvre, des maux de tête, des douleurs articulaires et musculaires ainsi que des ganglions enflés peuvent apparaître.

Si aucun traitement n’est administré, on passe à la phase 2 de la maladie. Elle peut durer plusieurs mois et se caractérise par des problèmes reliés au système nerveux (méningite, inflammation de certains nerfs, …), plusieurs éruptions cutanées, arthrite, palpitations cardiaques, fatigue extrême et faiblesse générale.

En l’absence de traitement, la troisième phase de la maladie peut durer de plusieurs mois à plusieurs années et se caractérise par les mêmes symptômes qu’à la phase 2, mais de façon accentuée.

Le traitement de la maladie de Lyme consiste à administrer des antibiotiques pendant 2 à 4 semaines, et plus ils le sont tôt dans l’évolution de la maladie, meilleurs sont les résultats.

Qu’est-ce que le virus du Nil occidental?

Il s’agit d’une maladie transmise par certains moustiques contaminés. Elle a atteint 5674 Américains en 2012 et la moitié d’entre eux ont présenté des complications comme des méningites, des encéphalites et des paralysies. Les infections par les moustiques porteurs de ce virus se produisent surtout pendant les mois d’été, particulièrement en août.

Cas de virus du Nil au Canada en 2012.

Quels sont les symptômes?

Les principaux symptômes se caractérisent par une fièvre élevée, des maux de tête, des tremblements, des convulsions et des dommages au niveau des nerfs.

Pour les éloigner : Les insectifuges

Aucun insectifuge ne protège à 100% contre les moustiques et les tiques et aucun n’est sécuritaire à 100% pour la santé. Il faut donc utiliser son jugement selon les circonstances, le temps passé à l’extérieur et vérifier si l’endroit ciblé est à risque. Il existe 4 principaux ingrédients actifs pour éloigner ces insectes.

1. Icaridine (1-methylopropylester ou KBR 3023)

Cet ingrédient n’irrite pas la peau et les yeux, ne possède pas une odeur désagréable comme le DEET et ne dissout pas les plastiques. Il s’évapore de la peau plus lentement que le DEET et le IR3535 et est efficace sur des périodes plus longues. Il s’avère aussi efficace que le DEET et éloigne autant les moustiques que les tiques. Il ne possède pas le même profil neurotoxique que le DEET et en représente donc une bonne alternative avec plusieurs de ses avantages et sans ses inconvénients.

  • Une concentration de 5 à 10% fournit une protection pour 1 à 2 heures pouvant aller jusqu’à 4 heures.
  • Une concentration de 20% fournit une protection pour une journée entière.

2. IR3535 (3-[N-Butyl-N-acetyl]-aminopropionic acid, ethyl ester ou Ethyl Butylacetylaminopropionate)

Ce produit peut s’avérer très irritant pour les yeux, mais ne semble pas poser d’autres risques pour la santé. Cependant, comme le DEET, il peut dissoudre ou endommager certains plastiques ou tissus. Il est souvent combiné avec les écrans solaires. Cependant, ces produits sont déconseillés car l’application doit être répétée fréquemment pour la protection contre les rayons du soleil et cela peut amener à une surdose pour l’insectifuge, ce qui peut poser un risque pour la santé.

  • Une concentration de 20% fournit une protection de 8 heures contre les moustiques et entre 6 et 12 heures contres les tiques.

3. DEET (Diethyl Toluamide)

Il est très efficace contre les moustiques et les tiques. Si utilisé correctement, il est considéré comme sécuritaire. Il faut cependant le manipuler avec soin, car il peut irriter les yeux et induire des dommages neurologiques à des concentrations élevées. Les personnes l’utilisant quotidiennement ont rapporté des rougeurs accompagnées de démangeaisons, des vertiges, des difficultés de concentration et des maux de tête. Voici les recommandations de Santé Canada à cet effet :

  • 0 à 6 mois : Ne pas utiliser de DEET.
  • 6 à 24 mois : Utiliser seulement lorsque le risque de piqûres est élevé. Limiter l’application à une par jour et utiliser des produits avec une concentration de 5 à 10% de DEET.
  • 2 à 12 ans : Limiter à 3 applications par jour les produits ayant des concentration de DEET entre 5 et 10%. Éviter l’utilisation prolongée.
  • Population générale : Une concentration d’au plus 30% de DEET est tolérée dans les produits.

4. Huile essentielle d’eucalyptus citronné / PMD

Des études ont démontré que des concentrations de 20 à 26% de PMD sont aussi efficaces que celles entre 15 et 20% de DEET contre les moustiques et les tiques. Il ne faut pas utiliser ce produit chez les enfants en bas de 3 ans. De plus, ce produit est reconnu allergène et peut irriter les poumons. Cependant, il s’agit de l’ingrédient botanique le plus efficace.

  • Une concentration de 30% (19% PMD) offre une protection jusqu’à 6 heures contre les moustiques et les tiques.

5. Les autres répulsifs

Les recherches de l’Environmental Working Group aux États-Unis indiquent que les insectifuges à base de plantes s’avèrent souvent de moins bons choix. Leur efficacité varie énormément et ils agissent habituellement sur une période de temps plus courte. Ces produits contiennent des ingrédients généralement reconnus comme étant allergènes et sont présents à des concentrations nettement plus élevées que dans les produits de soins personnels.

Une autre option à utiliser avec prudence concerne les vêtements traités avec un pesticide : la perméthrine. Cela est efficace dans les régions infestées par les moustiques et les tiques où les risques de transmission de maladies sont très élevés. Par contre, ce produit chimique est beaucoup plus toxique que les insectifuges appliqués sur la peau. Il faut aussi manipuler ces vêtements avec précaution.

Les autres produits comme les chandelles, les bracelets, les huiles essentielles et autres s’avèrent souvent coûteux, toxiques et le plus souvent, inefficaces.

La prévention a bien meilleur goût!

Les insectifuges devraient demeurer le dernier choix étant donné qu’ils contiennent souvent d’autres ingrédients (parabènes, propylène glycol, phtalates et autres) ayant des effets dévastateurs sur la santé. Cependant, il demeure important de se protéger contre les maladies dans les zones à risque. Pour prévenir :

  • Porter des vêtements aux couleurs pastelles.
  • Porter des vêtements à manches longues, à col roulé.
  • Placer les pantalons dans les bas et le chandail dans les pantalons.
  • Porter des souliers fermés.
  • Utiliser des moustiquaires sur les poussettes ou les parcs pour bébés.
  • Utiliser des moustiquaires ou des ventilateurs au-dessus des aires de pique-nique.
  • Éliminer les zones d’eau stagnante
  • Éviter les parfums et les cosmétiques fortement parfumés.
  • Avant d’utiliser un insectifuge, toujours l’essayer sur une petite partie de peau afin de s’assurer qu’il ne cause pas de réactions allergiques.
  • Utiliser les insectifuges selon les directives du fabricant.
  • Lisez les étiquettes de votre insectifuge et vérifier si les ingrédients actifs sont efficaces.

Références :

Agence de la santé publique du Canada, Maladie de Lyme – Fiche de renseignements, www.phac-aspc.gc.ca/id-mi/lyme-fs-fra.php [En ligne], page consultée le 26 juillet 2013.

Agence de la santé publique du Canada, Virus du Nil occidental chez l’humain, Cas cliniques et infections asymptomatiques Canada, 27 octobre 2012.

ConsoGlobe, Les fiches pratiques : Se débarrasser des moustiques, juillet 2011.

ConsoGlobe, Tous les répulsifs anti-moustique, www.consoglobe.com/repulsifs-anti-moustique-3393-cg [En ligne], page consultée le 24 juillet 2013.

Environmental Working Group, EWG’s guide to better bug repellents, Washington, july 2013.

H. Ogden, Ni cholas et al. (2009). The emergence of Lyme disease in Canada, CMAJ, 180 (12).

The Merk manual of diagnosis and therapy, 1999, seventeenth edition, Merck research laboratories, New Jersey, 2833 pages.

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